L'architecture

 

L’ARCHITECTURE.

L’architecture est l'art de concevoir et construire des édifices et des espaces, en fonction de choix techniques, fonctionnels et esthétiques. L'architecte cherche à concilier, l'unité, l'esthétique et la solidité des formes habitées.

 

ESPACES ET FORMES : L’ARCHITECTURE A PERCEVOIR.

L’architecture peut être un objet formel, composé de volumes aux parois dessinées (palais isolé – ferme). Elle peut être envisagée comme un espace, c'est-à-dire un vide porteur d’atmosphères spécifiques dans lesquelles les activités humaines prennent place.

De l’extérieur, l’édifice est objet en relation avec l’horizon, voir le cosmos et les éléments ; il est partie d’un tout, crée la ville ou le paysage

De l’intérieur, il est abri, demeure, lieu d’accueil.

La dialectique architecturale entretient un rapport permanent entre l’intérieur et l’extérieur, le dedans et le dehors, l’environnement et la demeure.

A la différence des autres arts, l’architecture s’appréhende en marchant. C’est en se déplaçant que l’on peut ressentir le mieux les différents volumes qui définissent l’espace architectural, leur rythme et leur composition.

 

Passage et déambulation, deux formes de la temporalité :
Le passage, ou seuil, instant marqué par un changement de lieu, est particulièrement net lorsqu’on pénètre dans un édifice. Il est l’amorce d’une transition. Espace généralement semi-ouvert sur l’intérieur, il permet l’adaptation progressive du public au privé, de l’affiché au secret (vestibule, sas sombre et réduit de la cathédrale – hall d’accueil d’un immeuble – entrée de la maison – maison traditionnelle chinoise avec entrée en chicane : le seuil est barré par un mur au second plan qui interdit tout accès au foyer).

  Porche d'entrée de l'Eglise de La Madeleine à Vézelay 1104-1215

 

Cette notion de passage peut se retrouver entre chaque séquence d’espace. Elle affirme l’identité des lieux qui se succèdent.

La déambulation, « la promenade architecturale » comme la nommait Le Corbusier permet de mieux prendre conscience de l'espace dans son entier. Elle permet de profiter des perspectives et des trois dimensions du bâtiment. Bien que perçue dans la dynamique du mouvement, l'architecture se lit par ses composantes statiques: les volumes, appréciables par leur forme, leurs dimensions, leur lumière, leurs matières.

 

La forme du volume

De l'extérieur la forme du volume est déterminée par les éléments qui participent à son édification. Dans l'architecture classique, le soubassement marque l'accroche à la terre, la couverture se confronte au ciel et les façades du corps principal laissent deviner l'activité qu'il abrite.

 Sainte Sophie, Isanbul. vers 532-537.

A l'intérieur la forme de l'espace, délimitée par son enveloppe, influe sur les modes d'occupation. Des parois rectilignes créent des frontalités et des lignes fuyantes comme la succession des pièces au château de Versailles. Des surfaces courbes rabattent la perception de la paroi sur soi même d'une manière enveloppante, comme celle d'un théâtre à l'italienne dont l'objectif est de concentrer l'attention d'une assemblée sur un point focal.

La hauteur du volume est souvent proportionnelle à la base. L'accentuation de la hauteur sous plafond crée une impression d'inspiration vers le haut. Les cathédrales gothique le démontrent avec élégance, proposant un lieu de prière orienté aussi bien vers l'autel que vers le ciel. A l'inverse le plafond bas sera très présent et provoquera l'écrasement, comme l'accès aux tombeaux égyptiens dont la géométrie laisse percevoir la pesanteur réelle et symbolique de l'édifice.

 Intérieur de la Cathédrale de Chartres -vers 1194-1221
   

Des pleins et des vides

La forme architecturale peut se comprendre dans l'exploration des contraires: espace et paroi, transparence et masse, ouverture et mur, bloc et cour . Les oppositions entretenues entre ces contraires rythment les séquences d'espace. Dans les architectures classiques, le besoin d'éclairage des pièces correspond à des vides. Techniquement la rencontre des planchers et des murs intérieurs avec la façade correspond à des pleins.


                                                                                                           
la maison ShroëderGerrit Rielveld, Maison Schröder, Utrecht, 1923, 1924

Dans l'architecture méditerranéenne, le patio des habitations ouvre l'intérieur vers le ciel en préservant
l'intimité et la fraîcheur pour domestiquer la lumière trop violente de ce climat.

Aujourd'hui, les résolutions techniques autorisent toute forme de percement des murs; la façade se transforme ainsi en une enveloppe dégagée du poids de l'édifice. La sphère de la Géode à Paris et la pyramide du Louvre sont des formes géométriques élémentaires d'où ont disparu toutes notions de soubassement et de couverture au profit d'une enveloppe unifiante.


 La Géode 


Le jeu de l'ombre et de la lumière
Pour Le Corbusier, l'architecture se définit comme « le jeu savant, correct et magnifique des volumes assemblés sous la lumière »

 Eglise du Monastère de St Pierre de Roda, vers 1022

     Vue intérieure de la chapelle Notre Dame du haut à Ronchamp

A l'intérieur, l'effet lumineux est d'autant plus saisissant que l'ensemble est sombre, comme dans certaines églises primitives où les ouvertures étroites ne laissent passer qu'un faisceau de lumière, accentuant le mystère du lieu. A l'inverse de larges baies vitrées dilatent l'espace jusqu'à abolir parfois toute frontière entre l'intérieur et l'extérieur.

 

Matière et matériaux: un langage spécifique.

L'expression de la forme de l'édifice sera très liée à ses matériaux et à leurs techniques de mise en oeuvre. L'aspect massif d'un mur de briques ou de béton n'a pas la même signification que la légèreté d'une structure métallique ou que la transparence d'une paroi vitrée.

La Fondation Cartier de Jean Nouvel à Paris faite d'une succession de murs de verre est à la fois transparence et reflets, instaurant un dialogue subtil entre les salles d'exposition et la rue.


Jean Nouvel - Fondation Carteir 2 Jean Nouvel, E. Cattani & associés, La fondation Cartier, Paris 1994
                                                                                            
                                                                                                       Mario Botta Cathédrale d'Evry 1988-1995 



















Mario Botta, la cathédrale d'Evry 1988-1995


Ieoh Ming Pei Grand Louvre, Pyramide 1983-1989 Ieoh Ming Pei, La pyramide du Louvre, 1983-1989

LA FONCTION ARCHITECTURALE

Le programme fonctionnel décrit l'affectation des pièces, leur hiérarchie, leurs liaisons, leurs dimensions.


Organiser et distribuer.

Les espaces élémentaires d'un bâtiment sont agencés selon un dispositif qui les situe les uns par rapport aux autres: proximité, éloignement, contiguïté, isolement, interpénétration.

Un plan en étoile depuis le hall d'entrée conjugue la nécessité d'un espace central de passage et celle de lieux plus isolés. Une distribution en peigne crée un axe fort qui relie toutes les zones.

Le programme architectural comprend un cahier des charges que l'architecte complète et enrichit par sa création.
 

Suggérer avant tout la vie

C'est dans le dépassement des données purement fonctionnelles, comme le nombre de pièces ou de mètres carrés et par la création de formes d'espace porteuses de plaisir et de signification que s'opère cette alchimie qui crée l'émotion.

Lorsqu'un couloir devient une invitation à la déambulation parce qu'il jouit d'une belle lumière, de points de vue variés et qu'il n'est pas uniforme.. Lorsqu'un préau devient amphithéâtre parce que sa forme l'autorise... ces formes deviennent autant de suggestions à vivre le lieu autrement.

 

PAS D'ARCHITECTURE SANS TECHNIQUES

L'acte de construire poursuit un objectif universel et permanent: celui de lutter contre les forces naturelles et en tout premier lieu, contre la pesanteur. L'élévation du premier dolmen en témoigne.

Domen

Les murs peuvent être réalisés de deux façons:

-  par l'empilement de blocs (pierre, brique...) dont la tenue est améliorée entre eux par un liant. Ce mode de construction procède du plein et du massif.
-  par l'assemblage de poteaux et de poutres, réalisant une ossature à l'intérieur de laquelle d'autres matériaux viendront constituer un remplissage destiné à isoler de l'extérieur. Cette technique permet des constructions légères voire transparentes.

 

L'impact technologique.

Pendant de nombreux siècles, les techniques constructives se sont développées à partir des ressources locales. Cela a contribué à l'identité de bâti de chaque territoire.

Avec le développement des sciences appliquées,dès la fin du XVIIIe, des matériaux aux caractéristiques nouvelles laissent entrevoir d'autres formes d'expression. La fonte et le fer ont permis l'édification de charpentes de grandes dimensions.

Parmi les découvertes majeures du XXe siècle on citera le béton armé dont l'ingéniosité consiste à cumuler les capacités complémentaires de résistance des deux éléments qui le constituent; le fer et le béton. Parce qu'il est moulable, il autorise la réalisation de formes qui prennent leur origine dans le dessin plastique de l'architecte autant que dans les capacités techniques de la matière.


Numériser0003 Le Corbusier, La chapelle Notre Dame de Haut, Ronchamp, 1955
                                                                                      


Le verre, matériau de lumière est rapidement apparu dans l'édification des façades. Les progrès dans sa fabrication autorisent des surfaces vitrées de plus en plus importantes. Cette technique contemporaine qui joue du reflet autant que de la transparence transforme la perception de solidité du bâti vers une fragilité trompeuse.

                                                                                                  















 Renzo Piano & Richard Rogers, Centre Pompidou, 1971-1977

ENTRE NATURE ET BÂTI.

La relation entre site et architecture procède d'une réciprocité forte, l'un agissant sur l'autre et inversement.

 

Intégration au paysage.

L'installation d'une architecture dans un paysage s'inspire toujours des qualités du site d'implantation. Les vallons choisis par les cisterciens pour implanter leurs abbayes rassemblent des caractères sacrés inscrits dans une symbolique savante qui se fait l'écho de celle des bâtiments.





 sainte Foy de Conques , Milieu du XIe siècle

La position stratégique des châteaux forts sur leurs promontoires participe autant à la défense militaire que la hauteur et l'épaisseur des murs bâtis. Le parti pris peut être aussi esthétique comme la fameuse maison sur la cascade de F. L. Wright qui, avec hardiesse, oppose aux rochers des ouvrages en porte-à-faux, d'où jaillit une cascade affirmant une puissance bâtie en véritable dialogue avec les éléments.


 Franck Llyod Wright, Maison Kaufmann à Bear Run 1935-1937

 

Intégration à la ville.

A l'échelle d'un monument, l'insertion est souvent d'ordre symbolique. Le cas de la grande arche de la défense, immeuble de bureau dessiné par l'architecte danois Otto Sprekelsen, est révélateur. Sa forme d'arche l'inscrit dans la perspective historique de Paris et ses dimensions le placent à l'échelle du quartier. Il assure un lien fort entre les deux formes de la ville, historique et contemporaine tout en donnant une cohésion à ce quartier d'affaires.


 Johann Von Otto Spreckelsen, La grande arche, 1982-89


Plus modestement, à l'échelle de la rue ou de l'îlot , l'insertion de l'architecture est de l'ordre du dialogue. L'architecture ne procède pas d'une démarche linéaire, chacun des facteurs qui la constituent interfère sur l'autre pour aboutir à un ensemble plus riche que la somme de ses composantes. Ainsi, Pierre Riboulet dans: Naissance d'un hôpital note le déroulement de sa création et précise: « l'architecte doit penser dans un mouvement de synthèse, unissant forme et contenu, fonction et usage, site et environnement. »


                                                                                     
F.O.Gehry Musée Guggenheim de Bilbao 1991-1997 Franck O. Gehry, Musée Guggenheim, Bilbao, 1991-1997

                                                                                                            





















 

Publié dans Dossiers