La bande dessinée

A propos de la bande dessinée:

 

La bande dessinée ne suscite plus les polémiques d'antan, on ne l'accuse plus d'illétrisme... c'est justice.  

La bande dessinée est un art du récit s'emparant de l'image. C'est une forme picturale de narration. 

L'image n'a plus pour fonction d'illustrer un récit, elle est portée par le scénario, elle intègre le dialogue.

La place des divers cases ou vignettes répond à une exigence de composition d'ensemble, tout comme s'il s'agissait d'un tableau mais l'équilibre des masses et les ruptures de rythmes doivent avant tou servir la narration.

La B.D. est essentiellement constituée de cadres dessinés sur une page ou planche que le cerveau saisit successivement et simultanément . Il existe entre les vignettes d'un album une relation à la fois de continuité et de discontinuité. Elles s'insèrent dans un même récit, dans une même page, mais chacune est différente de l'autre à différents degrés. Il y a tout d'abord des suites cohérentes à l'intérieur d'une même scène qui évoquent le découpage d'une scène de cinéma:

          - Champ, contre-champ, gros plan, plan américain, plan d'ensemble, c'est à dire, une même scène vue sous un tas d'angles différents.

          -  Le catalogue très étendu des onomatopées qui ponctue les sauts du regard.

Bien qu'elle s'apparente à bien des égards au cinéma, la B.D. relève du domaine et des techniques de l'impression (reproduction, colorisation ...).

La B.D. est contemporaine d'une nouvelle donne géométrique: la topologie moderne. La topologie s'occupe des relations de voisinage entre ensembles ( voisinage d'une image à une autre, du contour de la bulle avec l'image qui la contient,d'une page avec l'autre...) . Chacun tire sa force ou sa vitalité de la présence des autres.

L'image photographique et son statut particulier (cadre recadrable que l'on peut mettre en page, découper, multiplier...) a sans doute fait évoluer la B.D.  mais la vignette de B.D. n'est pas une image que l'on recadre, mais un cadre que l'on remplit.

A la différence des autres arts graphiques, la B.D. s'articule autour d'un scénario. Il est important d'éviter que les gonflements réciproques entre images et textes ne dégénèrent en chaos et ne s'entredétruisent.

Derrière l'apprente liberté de l'exécution, la souplesse d'un style, se cache un vrai travail de conception. En effet l'attention du lecteur doit être soutenue par le rythme de l'image, par un découpage précis de l'histoire, sans que soit négligée l'harmonie graphique de la mise en page.

 

Un peu d'histoire:

Le véritable précurseur de la forme B.D. est  sans doute le Suisse Rodolph TÖPFER (1799-1846), un maître de pensionnat qui dans les années 1820 composait pour ses élèves des historiettes en feuilleton, constituées de rangées d'images de formats différents.

04 topffer 

"Les dessins sans les textes ne signifieraient rien. Le tout ensemble forme une sorte de roman d'autant plus original qu'il ne ressemble pas plus à un roman qu'à autre chose." écrivait Töpffer, l'auteur des "Voyages en Zigzag" publié en 1832 et "Mr Vieux Bois" édité en 1837.

L'autre ancêtre de la B.D. est l'Allemand Wilhelm Busch (1832-1908). C'est d'abord un illustrateur. Il invente de petits poèmes satiriques, souvent féroces, d'une jovialité parfois lourde où le texte et l'image suggèrent là aussi un nouveau langage. "Max und Moritz" 1865 met en scène deux garnements que leurs farces douteuses mèneront à une fin lamentable.

max und moritz couverture               Max und Moritz

 

Quelques grands noms de la B.D.  

En France:

            -   CHRISTOPHE (Pseudonyme de Georges Colomb). Botaniste et prof à la Sorbonne, il use d'un réalisme stylisé qui fera  la fortune de la future école belge, avec un art du cadrage et des rythmes souvent ptoches de cinéma naissant, mais Christophe dispose le texte sous l'image. Il publie: "La famille Fenouillard" 1889 - "Le sapeur Camembert" 1890 - Le savant Cosinus 1893 - "Les peids Nickelés" 1908...

            -    Louis FORTON  crée "Ribouldingue" - Philochard et Croquignol " (journal l'Epatant en 1908) - "Bibi Fricotain"1924.

 louis-forton-les-pieds-nickeles-1912                 Les pieds nickeles

 

Becassine

Aux Etats-Unis:

            -     OUTCAULT travaille pour le magnat de la presse Joseph Pulitzer, propriétaire de New york World et lance en 1896 sa propre B.D. : "Yellow kid".

            -     Rudolph DIRKS travaille pour le New York Journal. Dévastateurs, les héros de Dirks, "Hans et Fritz" mettent en pièces le monde des adultes, malgré les ouragans de fessées que leur inflige "der Captain", ancien matelot, devenu leur père adoptif.  Situé quelquepert du côté de l'Afrique orientale allemande, le monde des "Katzies" joue volontairement du style gribouille, inventant un sabir anglo-allemend qui devient un langage image, la création verbale ne se séparant pas de constantes trouvailles graphiques. ("Katzenjammer kids" - les Katzies' .

Experts en forts tirages, manchettes spectaculaires, titres à sensation et grandes illustrations, les deux géants se disputaient le marché des suppléments dominicaux particulièrement profitables. Il leur fallait des séries à suite, imposant donc à la bande dessinée la logique des feuilletons avec ses rebondissements inévitables amorcés dans la dernière case de chaque page. D'abord hebdomadaires, arguments de vente pour les suppléments du  dimanche, les séries devinrent bientôt quotidiennes dès 1907 avec la mise au point du "strip", simple bande de quelques "cases", rapide et corrosive.

             -     Winsor Mc CAY  créateur en1905 de "Little Nemo in Slumberland". Jouant sur le rêve et la réalité. Sur la virtuosité des perspectives et des fantaisies graphiques, "Little Nemo" , outre la qualité de son imaginaire exploite au mieux les qualités de la page, conçue comme un tout, à la fois succession d'images, progression d'un récit et coup d'oeil général, avec des mises en abymes jamais stériles ou gratuites.

             -     Pat SULLIVAN : "Félix the cat" 1921 -->  "Félix le chat " de Otto MESMER 1929.

             -     Elzie CRISLER SEGAR : "Popeye le marin" 1929.

             -     Harold FOSTER : "Tarzan" 1929 . Tarzan est mis en images d'après les romans d'Edgar Rice Burrough. C'est une révolution.L'aventure, les nuances romanesques, les vates décors et l'atmosphère de super production apportent cette part de rêve, de grandeur, de délire et de rigueur technique qui manquait au genre. Et puis, par le biais des méchantes reines ou des héroïnes pantelantes devant le surhomme musclé, se diffuse un érotisme, jusqu'alors assez discret. L'adaptation de tarzan sera poursuivie à partir de 1936 Par le grand Burne HOGARTH.

Tarzan

 

 E Rice Burroughs Tarzan

1929 est aussi l'année du premier film parlant. En 1930, la petite souris, Mickey sort du dessin animé où elle a grandi pour s'éclater dans la B.D. de papier. "Betty Boop" sera censuré sous prétexte d'obscénité.

            -     Chester GOULD :"Dick Tracy" 1931. Un flic sans peurs et sans reproches. Eperduement amoureux d'une fiancée inaccessible, il affronte les pires magnats de la pègre et les criminels les plus épouvantables. Il dispose toutefois d'un arsenal technique époustouflant. Aux Etats-Unis la logistique accompagne toujours la morale.

 Dick Tracy

            -     Jéo SHUSTER et Jerry SIEGEL 1938 créent "Superman".  Superman fera de nombreux émules: Wonder woman, Captain América, Batman, Mandrake le magicien.

Les années 30-40 correspondent à l'âge d'or de la B.D. américaine. Bien malin qui aurait alors discerné les signes d'une sclérose prochaine et d'un lent déclin.

En Europe:

            -     Alain SAINT-OGAN (1895-1974) propose "Zig et Puce" , le petir gros et le grand maigre, flanqués de leur pingouin Alfred et toujours lancés dabs d'impossibles voyages vers le lointain. La B.D. est publiée dans "Le dimanche illustré".

            -     HERGE (Georges Rémi) (1907-1983).  Jusque là dessinateur d'un obscur personnage de journal scout, Totor "1923, il le reprend et l'améliore sous le nom de "Tintin" pour le supplément jeunesse d'un quotidien Bruxellois "Le vingtième siècle". Il publie en 1929 "Les aventures de Tintin au pays des Soviets". En 42, naît le noyau du futur studio Hergé, pépinière de scénaristes et de dessinateurs.

tintin-au-pays-des-soviets                              tintin

           -     Edgar P. JACOBS se lance dans un album de science-fiction: "le rayon U". Les personnages et les thèmes se déploieront dès 1946 au long des aventures de "Blake et Mortimer".

           -     Jacques MARTIN conçoit "Alix" .

Ensemble, ils forment l'école de Bruxelles.

Alors et depuis 40, les nazis contrôlent presque tout le continent: comme le cinéma, la B.D. américaine est interdite, malgré l'attente du public. Les journaux européens n'ont alors d'autre choix que de travailler avec les dessinateurs dont ils disposent  et auxquels ils commandent des plagiats. Les faux "Flash Gordon" et "Prince Vaillant" se multiplient. Des titres plus anciens se métamorphosent.

           -     André FRANQUIN reprend en 1946 l'histoire du petit groom "Spirou" et redonne du nerf au journal du même nom.

          -      René GOSCINY , Albert UDERZO et Jean Michel CHARRIER. créent en Octobre 959 "Pilote".  Les premières planches d'Astérix le Gaulois consacrent et accélèrent le décollag ed la B.D. européenne. Elles devient, pour la première fois en Europe un enjeu social, éditorial et créatif. Le trio Tintin, Spirou et Astérix n'a pour l'instant jamais été égalé.

Parallèlement, il faut ajouter les publications de la bonne presse devenue Bayard Presse en 1969 et plus épisodiquement,celles de Vaillant devenu Pif Gadget la même année. D'autre part se révèlent des dizaines d'auteurs de première importance. Le plus immuable d'entre eux reste aujourd'hui encore:

         -     Maurice de BEVERE dit MORRIS . Le père de "Lucky Luke 1946.

 Lucky Luke

Les années 60 voient fleurir une nouvelle floppée de héros pas naturels: "Iron Man", "Dr Strange", "Daredevil", "Conan le Barbare"... mais aussi un type de B.D. d'un nouveau genre lié à la culture "underground" : les "Comix" qui annoncent l'explosion de la B.D. adulte. En France, "Pilote", "Hara Kiri", "A suivre"... avec toute sa variété de scénarii et de graphismes.

Le patron de Pilote, Uderzo, découvreur de:

         -     GABU, "Le grand Duduche 1962,

         -     Jean GIRAUD  : "Blueberry" 1963,

         -     GREG "Achille Talon" 1963,

         -     FRED "Philémon", 1966,

         -     GOTLIB "Les Dingodossiers" 1967

se trouve à la place du père quand la B.D. française, dans la mouvance de 68 vit sa crise d'adolescence.

Beaucoup de dessinateurs veulent renouer avec le registre adulte, les fresques, les aventures, l'érotisme, la politique ou la dérision. Portés par les mouvements de contestation, ils vivent la création de "Charlie" avec REISER, GABU, GEBE, WOLINSKI. Le temps des hebdomadaires pour la jeunesse est passé. A l'exception notable de "Fluide glacial" lancé par "Gotlib" en 1975 aucun des nombreux magazines qui fleurissent dans les années 70 ne prospère toutefois durablement.

En Amérique en 1952 est sorti le premier numéro de la revus satirique "Mad", jouant à fond dans le grotesque, l'absurde, le délirant,ce qui déclanchera en retour une contre offensive moralisante avec l'institution d'un code de censure.

 

Dans les années 79-80, les albums conquièrent le marché. L'activité cesse d'être considérée comme marginale ou mineure. L'histoire et l'esthétique de la B.D. entrent à la Sorbonne en 1971 et le premier festival de la B.D. s'ouvre à Angoulême en 1974, devenant bientôt une institution.

Des artistes contemporains attirés par l'art graphique, s'intéressent à la jontion graphisme, bande-dessinnée - photographie. On peut citer LICHSTENTSTEIN et Andy WARHOL.

Roy LICHTENSTEIN           Lichtenstein

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